Il fait encore nuit lorsque Padama YASSANA donne le signal du départ. Il n’y a plus de temps pour hésiter, ni de rassembler les récoltes ou les biens. Avec les femmes, il faut fuir à pied, passer par la forêt, dans l’obscurité et la peur, les enfants accrochés au dos. Derrière eux, à Kombori, des champs abandonnés, que personne ne moissonnera. Devant eux, l’inconnu.
Trois ans de résistance, une nuit de rupture
Pendant trois ans, les habitants de Kombori et des villages voisins avaient résisté aux attaques répétées des groupes armés terroristes. Mais cette nuit-là, face à des assaillants lourdement armés (explosifs, armes lourdes…), la résistance est quasi impossible.
« C’était plus fort que nous. Nous avons dû tout abandonner et fuir. » confie-t-il
Ce ne sont pas quelques familles, mais des villages entiers qui se vident ce soir-là. Ce sont en tout onze villages entiers qui prennent la route. Après des jours de marche, les déplacés arrivent enfin à Djibasso épuisés, affamés, sans ressources. Les premiers jours sont difficiles. La faim, l’absence d’abris. Les plus chanceux trouveront refuge dans des salles de classe.
Président du Conseil Villageois de Développement (CVD) de Kombori, Padama porte désormais la responsabilité de plus de cinquante personnes. Ses frères, ses sœurs, ses femmes, leurs trente enfants et tous les déplacés de son village. A Djibasso, sans toit, sans nourriture, ni ressources, survivre devient une priorité. Malgré tout, des élans de solidarité émergent, comme cette habitante qui offre un abri à Padama et aux siens.
L’appui de l’OCADES Caritas Burkina avec le soutien financier du FHRAOC
C’est dans ce contexte que l’OCADES Caritas Burkina, dans le cadre du projet « Alé nonhon », soutenu par le Fonds Humanitaire Régional pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre (FHRAOC) intervient avec des distributions alimentaires adaptées aux besoins des ménages déplacés et des communautés hôtes.
Ainsi, en trois distributions successives, les ménages déplacés et les communautés hôtes reçoivent des kits alimentaires complets : riz, niébé, maïs, couscous de maïs jaune, huile, sel, poisson séché, poudre de gombo, poudre de baobab et soumbala. Un approvisionnement pensé pour couvrir non seulement les besoins caloriques, mais aussi les besoins nutritionnels des familles.
Pour Padama et les siens, cet appui est la manne venue du ciel. « Grâce à cette aide de l’OCADES, nous ne souffrons plus pour avoir de quoi manger. Nous avons même pu vivre notre mois de jeûne sereinement. »

Une phrase en apparence simple, mais qui dit l’essentiel : une famille déplacée, sans ressources, a pu respecter l’un des moments spirituels les plus importants de son année, non dans l’angoisse de la faim, mais dans la paix et dans le sentiment de dignité retrouvée.
Padama ne cache pas la fragilité de la situation. Son cri du cœur est celui d’un homme lucide qui sait que l’urgence alimentaire a été prise en charge, mais que la route est encore longue. Au-delà de l’assistance, c’est leur dignité qui est restauré. Toutefois, les défis restent nombreux.
« Notre cri de cœur, c’est de nous aider à continuer à avoir de quoi manger et surtout avec du matériel pour travailler, jusqu’à ce que la paix revienne et que nous retournions dans notre village. »
A travers le projet « Alé nonhon », l’OCADES Caritas Burkina et son partenaire le FHRAOC posent chaque jour une pierre supplémentaire sur le chemin du retour. Pour Padama YASSANA et les siens, cet appui a été bien plus qu’une aide alimentaire : il a été la preuve que, même dans les situations les plus extrêmes, quelqu’un veille.
KY Rose Arlette Cissima
Chargée de communication,
plaidoyer et mobilisation des ressources
