<br />
<b>Warning</b>:  Creating default object from empty value in <b>/htdocs/wp-content/themes/multinews/framework/admin/redux-framework/ReduxCore/inc/class.redux_filesystem.php</b> on line <b>29</b><br />
<br />
<b>Warning</b>:  Declaration of Jetpack_IXR_Client::query() should be compatible with IXR_Client::query(...$args) in <b>/htdocs/wp-content/plugins/jetpack/class.jetpack-ixr-client.php</b> on line <b>30</b><br />
{"id":1247,"date":"2015-09-25T14:56:26","date_gmt":"2015-09-25T13:56:26","guid":{"rendered":"http:\/\/ocadesburkina.org\/?p=1247"},"modified":"2015-09-25T15:23:07","modified_gmt":"2015-09-25T14:23:07","slug":"mgr-paul-ouedraogo-la-politique-ne-demande-pas-de-renier-sa-foi-chretienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ocadesburkina.org\/?p=1247","title":{"rendered":"Mgr Paul OUEDRAOGO : \u00ab La politique ne demande pas de renier sa foi chr\u00e9tienne \u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Interview de Mgr Paul OUEDRAOGO, Archev\u00eaque m\u00e9tropolitain de Bobo-Dioulasso et Pr\u00e9sident de la Conf\u00e9rence \u00e9piscopale Burkina-Niger. <!--more--><\/p>\n<p><strong>Excellence, certaines gens pensent que le coup d\u2019Etat a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9 \u00e0 cause du contenu du rapport que la commission nationale de r\u00e9conciliation a d\u00e9pos\u00e9, qu\u2019en dites-vous, en tant que Pr\u00e9sident de cette commission\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mgr Paul OUEDRAOGO\u00a0:<\/strong> Merci de me donner l\u2019occasion de m\u2019exprimer sur ce que nous vivons actuellement au Burkina Faso. Le 14 septembre dernier, la commission de la r\u00e9conciliation nationale a en effet d\u00e9pos\u00e9 son rapport g\u00e9n\u00e9ral aupr\u00e8s du premier ministre, comme c\u2019\u00e9tait stipul\u00e9 dans la loi. Mais pour cela, nous avions eu besoin d\u2019un mois de prolongation, parce que la mise en place du travail a \u00e9t\u00e9 difficile et que l\u2019organisation a mis du temps. Ainsi, au lieu de rendre le rapport le 13 ao\u00fbt, nous devions le rendre le 13 septembre. Vu que ce jour \u00e9tait un dimanche, c\u2019est finalement le lundi 14 septembre que avons rendu le travail.<\/p>\n<p>Le 16 septembre au conseil des ministres, le r\u00e9giment de s\u00e9curit\u00e9 pr\u00e9sidentiel (RSP), a fait irruption, et a pris presqu\u2019en otage les membres du gouvernement, le Pr\u00e9sident et son premier ministre. Puis la situation a \u00e9volu\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019\u00e0 travers une d\u00e9claration, un organe d\u00e9nomm\u00e9 le conseil national pour la d\u00e9mocratie, dise assumer d\u00e9sormais l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019Etat. Bien s\u00fbr, beaucoup se sont empress\u00e9s de dire que c\u2019est le d\u00e9p\u00f4t du rapport des travaux de la commission nationale de la r\u00e9conciliation qui a d\u00e9clench\u00e9 cette r\u00e9action du RSP. Une telle all\u00e9gation est-elle fond\u00e9e ou pas\u00a0? Pour s\u00fbr, parmi les r\u00e9formes pr\u00e9conis\u00e9es au niveau institutionnel, le rapport proposait qu\u2019il y ait une refondation de l\u2019arm\u00e9e et de son commandement. Ceci, parce qu\u2019il y a des disfonctionnements graves, et pour le bien de la population et de celui de l\u2019arm\u00e9e m\u00eame, ces disfonctionnements demandent \u00e0 \u00eatre corrig\u00e9s.<\/p>\n<p>Le rapport des travaux proposait donc que dans le cadre de cette refondation, il faudrait probablement dissoudre le camp du R\u00e9giment de S\u00e9curit\u00e9 Pr\u00e9sidentiel (RSP). Et cette proposition demandait que le RSP soit red\u00e9ploy\u00e9 \u00e0 des missions autres que celle d\u2019assurer la s\u00e9curit\u00e9 du pr\u00e9sident du Faso. C\u2019est ce que dit le texte de la commission de la r\u00e9conciliation nationale. En cela, le rapport reprend d\u2019ailleurs une recommandation qui avait \u00e9t\u00e9 faite en 1999 par le coll\u00e8ge des sages, qui demandait d\u00e9j\u00e0 que la s\u00e9curit\u00e9 du Pr\u00e9sident du Faso soit assur\u00e9e par une \u00e9lite de la gendarmerie et de la police comme cela se fait partout, parce que l\u2019on n\u2019a pas besoin de militaires \u00e0 cette mission. D\u2019aucuns donc ont pens\u00e9 que le rapport \u00e9tait l\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur du putsch.<\/p>\n<p>Mais cette th\u00e8se parait difficile \u00e0 croire. Quand on pense \u00e0 la date du d\u00e9p\u00f4t du rapport, et l\u2019organisation rapide du RSP pour mener cette action, on est plus enclin \u00e0 croire que c\u2019\u00e9tait plut\u00f4t une action pr\u00e9par\u00e9e, r\u00e9fl\u00e9chie et que les dispositifs \u00e9taient en place.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019est-ce qui vous le fait dire\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mgr Paul OUEDRAOGO<\/strong>\u00a0: Invit\u00e9s avec d\u2019autres personnes \u00e0 participer \u00e0 des rencontres de m\u00e9diation en cette journ\u00e9e du mardi 16 septembre, nous avons essay\u00e9 de comprendre en fait qu\u2019est-ce qu\u2019il y avait sur la table comme revendication de la part du RSP. Nous voulions savoir s\u2019il s\u2019agissait de revendications corporatistes qui demandaient qu\u2019on r\u00e9fl\u00e9chisse pour trouver des solutions. Mais sur la table, \u00e0 l\u2019\u00e9tonnement de la plupart, il y avait le probl\u00e8me de l\u2019exclusion. Les putschistes disaient donc que le processus qui est enclench\u00e9 va donner force \u00e0 une fracture sociale importante et grave au niveau du Burkina, et c\u2019est pour juguler cette fracture que le RSP entendait r\u00e9agir, en emp\u00eachant la transition de continuer dans le sens o\u00f9 elle \u00e9tait engag\u00e9e, puisque le corps \u00e9lectoral avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 convoqu\u00e9 et que la campagne \u00e9lectorale devait commencer le dimanche 20 septembre. De n\u00e9gociations en n\u00e9gociations, nous n\u2019avons pas r\u00e9ussi, \u00e0 dissuader le Conseil National pour la D\u00e9mocratie (CND), de se mettre en route et de s\u2019organiser. La r\u00e9action de la population a \u00e9t\u00e9 spontan\u00e9e. C\u2019est-\u00e0-dire que personne au Burkina n\u2019a accept\u00e9 de marcher dans ce coup de force, pas m\u00eame l\u2019arm\u00e9e.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9 le RSP s\u2019est isol\u00e9. A ce niveau, il n\u2019est pas superflu de mentionner que le chef d\u2019\u00e9tat-major \u00e0 chaque fois qu\u2019il a l\u2019occasion, rappelle que depuis l\u2019insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, l\u2019arm\u00e9e burkinab\u00e8 a compris que r\u00e9ellement, elle devait se transformer pour revenir \u00e0 ses pr\u00e9rogatives r\u00e9galiennes, celles d\u2019assurer la s\u00e9curit\u00e9 des populations et l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du territoire national. Il y a donc tout un mouvement et un consensus au niveau de la haute hi\u00e9rarchie militaire, pour que les militaires de plus en plus au Burkina, se retirent du politique pour ne laisser cette activit\u00e9 qu\u2019aux civiles. Il \u00e9tait donc difficile dans ces conditions, -le chef d\u2019\u00e9tat-major l\u2019a dit lors des n\u00e9gociations-, que l\u2019arm\u00e9e, en m\u00eame temps qu\u2019elle entreprend de se retirer de la sph\u00e8re politique, pr\u00e9tende d\u00e9cider d\u2019imposer un r\u00e9gime militaire au peuple.<\/p>\n<p><strong>Comment avez-vous donc proc\u00e9d\u00e9 pour faire comprendre au G\u00e9n\u00e9ral Diend\u00e9r\u00e9, l\u2019incoh\u00e9rence des mobiles du putsch avec les objectifs d\u2019une arm\u00e9e qui ne veut plus se m\u00ealer de la politique\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mgr Paul OUEDRAOGO<\/strong>\u00a0: A ce niveau, il est clair que le RSP savait qu\u2019il s\u2019engageait dans une op\u00e9ration difficile parce qu\u2019il ne pouvait pas avoir l\u2019aval de l\u2019arm\u00e9e nationale pour ce coup de force. Je pense que c\u2019est cela qui a compliqu\u00e9 les choses. Ainsi la Communaut\u00e9 internationale, et surtout la Communaut\u00e9 Economique des Etats de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest ont vol\u00e9 rapidement \u00e0 notre secours pour essayer de voir comment on pouvait g\u00e9rer au mieux la question. Les projets d\u2019accord ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans ces n\u00e9gociations, je dirai que parce que le RSP \u00e9tait en position de force au point de d\u00e9part, les n\u00e9gociations ont pris beaucoup de temps. Le Pr\u00e9sident Yayi Boni du B\u00e9nin au bout de 48 heures a d\u00fb rentrer chez lui parce qu\u2019il avait des urgences. Le Pr\u00e9sident Macky Sall a d\u00fb prolonger son s\u00e9jour au Burkina pour que nous puissions sortir de cette crise. Et pendant ces 72h, les s\u00e9ances de travail ont \u00e9t\u00e9 difficiles entre l\u2019\u00e9coute des diff\u00e9rentes factions de la population, les partis politiques, la soci\u00e9t\u00e9 civile, les syndicats.<\/p>\n<p>Les rencontres du G\u00e9n\u00e9ral Diendi\u00e9r\u00e9 avec le RPS ont pris beaucoup de temps. Nous avons mis \u00e9galement du temps pour nous entendre avec le G\u00e9n\u00e9ral Diend\u00e9r\u00e9 sur un certain nombre de choses. La cons\u00e9quence est que lorsque les m\u00e9diateurs ont rencontr\u00e9 le pr\u00e9sident KAFANDO, il n\u2019a eu droit qu\u2019\u00e0 recevoir d\u2019eux la copie r\u00e9dig\u00e9e et corrig\u00e9e avec les suggestions des uns et des autres, juste avant de le lire \u00e0 l\u2019ensemble de la population. Et c\u2019est le lendemain lundi 21, que le texte \u00e9tait disponible, puisqu\u2019il a \u00e9t\u00e9 imprim\u00e9 tard le soir, juste avant la c\u00e9r\u00e9monie de cl\u00f4ture \u00e0 la fin de laquelle le Pr\u00e9sident Macky SALL a repris son avion pour regagner son pays.<\/p>\n<p><strong>Un des points d\u2019achoppement dans les concertations \u00e9tait la question de l\u2019exclusion que d\u00e9fendait farouchement le CND. L\u2019argument tenait-il vraiment\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mgr Paul OUEDRAOGO<\/strong>\u00a0: A propos de la question de l\u2019exclusion, je n\u2019aime pas personnellement beaucoup ce mot. C\u2019est un des mots pi\u00e8ges \u00e0 travers lesquels souvent, une minorit\u00e9 peut jouer \u00e0 la victimisation et soulever des probl\u00e8mes qui n\u2019en sont pas. Tous les codes \u00e9lectoraux se prononcent sur des \u00e9ligibilit\u00e9s et des in\u00e9ligibilit\u00e9s. Il n\u2019y a aucun code \u00e9lectoral qui n\u2019ait pas de disposition d\u2019in\u00e9ligibilit\u00e9. Le Burkina a eu son code d\u2019in\u00e9ligibilit\u00e9, o\u00f9 il a d\u00e9fini comme \u00e9tant in\u00e9ligibles les personnes qui ont soutenu de fa\u00e7on manifeste la modification de l\u2019article 37 lors du r\u00e9gime du Pr\u00e9sident COMPAORE. Il est vrai que juridiquement, on ne voit pas tr\u00e8s bien ce que c\u2019est que \u00ab\u00a0soutenir ouvertement\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Je comprends tr\u00e8s bien que la cours de la CEDEAO ait lev\u00e9 les bras au ciel, en demandant au conseil constitutionnel comment il allait pouvoir mettre en application ces expressions qui ne sont pas d\u2019ordre juridique. La CEDEAO craignait le risque d\u2019une application massive d\u2019un tel code, qui peut mettre le pays plus en difficult\u00e9 qu\u2019il n\u2019apportait des solutions. Mais en face, le conseil constitutionnel savait de quoi il relevait. Ainsi a-t-il d\u00e9fini comme \u00e9tant des attitudes ou comportements de soutien, -refus\u00e9s par la r\u00e9action populaire des 30\/31 octobre-, ceux qui de par leur position ou de par leur responsabilit\u00e9 ont pos\u00e9 des actes dans ce cadre. Il ne s\u2019agissait pas d\u2019essayer de cibler tous ceux qui ont particip\u00e9 \u00e0 des meetings, \u00e0 des marches ou \u00e0 des contremarches. Le code a d\u00e9cid\u00e9 que les membres du dernier gouvernement du Pr\u00e9sident Blaise COMPAORE qui ont adopt\u00e9 le projet de loi de la modification de l\u2019article 37 pour le transmettre \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e nationale, ne sont pas \u00e9ligibles. Ensuite ceux qui \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e9taient dans le parlement et se trouvaient dans le camp de ceux qui co\u00fbte que co\u00fbte voulaient la modification de l\u2019article 37, qui ont m\u00eame \u00e9t\u00e9 h\u00e9berg\u00e9s \u00e0 l\u2019h\u00f4tel pr\u00e8s de l\u2019assembl\u00e9e nationale pour proc\u00e9der \u00e0 ce vote, ceux-l\u00e0 \u00e9galement ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9s in\u00e9ligibles \u00e0 cause de ces actes pos\u00e9s. Il faut s\u2019en tenir \u00e0 ce que le conseil constitutionnel a dispos\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est vrai que l\u2019on peut en discuter, mais quelquefois, il y a des solidarit\u00e9s qui se cachent derri\u00e8re le mot exclusion et dont je ne voudrais pas parler. La preuve est que les candidats de l\u2019ancienne majorit\u00e9 qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9s in\u00e9ligibles, ont refus\u00e9 la d\u00e9cision du constitutionnel, dans leur premi\u00e8re r\u00e9action, mena\u00e7ant pour certains qu\u2019il n\u2019y aurait pas d\u2019\u00e9lection au Burkina. Mais ils ont \u00e9t\u00e9 interpel\u00e9s d\u2019abord par leurs propres militants qui leur ont fait comprendre la maladresse de leurs propos. En effet dans les d\u00e9clarations qui ont suivi la d\u00e9cision d\u2019in\u00e9ligibilit\u00e9 \u00e9mise par le conseil constitutionnel, ces candidats voulaient-ils signifier qu\u2019en dehors d\u2019eux il n\u2019y a pas d\u2019autres qui soient capables d\u2019assumer ces responsabilit\u00e9s dans leur parti\u00a0? Voulaient-ils dire qu\u2019en dehors d\u2019eux les autres membres du parti restent incapables de porter les aspirations du parti dans une comp\u00e9tition \u00e9lectorale\u00a0?<\/p>\n<p>Je comprends que la sagesse ait pr\u00e9valu. Les partis dont les candidats ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9s in\u00e9ligibles ont entendu raison et donc ont proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 leur remplacement par d\u2019autres candidats et sont partants pour les \u00e9lections. Il n\u2019y a donc pas d\u2019exclusion, puisqu\u2019ils sont partants pour les l\u00e9gislatives. Mais au niveau des pr\u00e9sidentiels, la candidature est personnelle m\u00eame si l\u2019on est port\u00e9 par un parti. L\u00e0 encore des in\u00e9ligibilit\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9es. La sagesse aidant, les concern\u00e9s ont fini par accepter la d\u00e9cision du conseil constitutionnel et comme ils l\u2019ont dit eux-m\u00eames, \u00ab\u00a0pour le bien du peuple\u00a0\u00bb. Tout semblait \u00eatre bien parti.<\/p>\n<p>Ce qui est surprenant donc, est que le RSP, vienne par la force et de tr\u00e8s mauvaise mani\u00e8re, prendre en otage un conseil des ministres, une premi\u00e8re au Burkina malgr\u00e9 ce que nous avons connu comme coups d\u2019Etat. C\u2019est la premi\u00e8re fois qu\u2019un coup d\u2019Etat prend des allures de terrorisme et c\u2019est tr\u00e8s dommage. En plus, ce coup arrive \u00e0 un moment o\u00f9 il n\u2019y a pas de probl\u00e8me. En invoquant le probl\u00e8me de l\u2019exclusion, les putschistes viennent pour d\u00e9fendre des personnes qui ont fini par se ranger derri\u00e8re le conseil constitutionnel. Les putschistes ne forment pas un parti politique, et ils n\u2019ont pas de candidats. Ils ne sont donc pas concern\u00e9s par le coup de force qu\u2019ils ont op\u00e9r\u00e9. J\u2019ose esp\u00e9rer encore que ce n\u2019est pas un coup de force commandit\u00e9\u00a0! Ce qui est s\u00fbr il est arriv\u00e9 \u00e0 un tr\u00e8s mauvais moment et dans des circonstances pas heureuses.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi insinuiez-vous l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un coup de force commandit\u00e9\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mgr Paul OUEDRAOGO <\/strong>\u00a0: On est tent\u00e9 d\u2019y croire, pour la simple raison que si les putschistes r\u00e9clamaient des revendications corporatistes, parce qu\u2019ils se sentaient brim\u00e9s pour ceci ou pour cela, l\u2019opinion aurait pu essayer de comprendre. Mais les putschistes parlent de l\u2019exclusion et ce n\u2019est pas leur corps qui est concern\u00e9. Pendant ce temps, la r\u00e9action de certains de l\u2019ex majorit\u00e9 a consist\u00e9 \u00e0 saluer ce coup de force comme pouvant donner une chance pour la d\u00e9mocratie, alors que la soci\u00e9t\u00e9 civile burkinab\u00e8 dans son ensemble, a r\u00e9cus\u00e9 cette mani\u00e8re de proc\u00e9der. M\u00eame pour d\u00e9fendre l\u2019exclusion, on n\u2019avait pas besoin de l\u2019arme de la violence. D\u2019aucuns arguent donc qu\u2019on est en droit de penser que le coup a \u00e9t\u00e9 commandit\u00e9. Mais s\u2019il s\u2019av\u00e9rait qu\u2019effectivement l\u2019ancienne majorit\u00e9 d\u00e9tient les manettes de ce coup, elle sera emmen\u00e9e \u00e0 assumer. Si c\u2019est le RSP qui a pris sur lui de rendre ce service \u00e0 l\u2019ex majorit\u00e9, il lui aura rendu un tr\u00e8s mauvais service.<\/p>\n<p><strong>Beaucoup disent que la r\u00e9volte du peuple s\u2019est faite plus vive apr\u00e8s la publication des conclusions de la m\u00e9diation de la CEDEAO, et que la m\u00e9diation \u00e0 l\u2019interne semble avoir fait plus d\u2019effet, \u00eates-vous de cet avis\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p><strong>Mgr Paul OUEDRAOGO<\/strong>\u00a0: Disons que les deux d\u00e9marches ont tous port\u00e9 le fruit escompt\u00e9 de la r\u00e9conciliation. C\u2019est vrai qu\u2019apr\u00e8s les premi\u00e8res conclusions tir\u00e9es de la m\u00e9diation des Chefs d\u2019Etat, la r\u00e9sistance populaire s\u2019est vite organis\u00e9e, parce que ces conclusions n\u2019allaient pas dans le sens des attentes du peuple. C\u2019est ainsi que l\u2019arm\u00e9e \u00e0 un moment donn\u00e9, a compris qu\u2019elle devait prendre ses responsabilit\u00e9s vu qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas partante pour ce coup de force. Il \u00e9tait manifeste que les autres unit\u00e9s \u00e0 travers le pays n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 consult\u00e9es. Il y a eu donc cette r\u00e9action \u00e0 la fois militaire et civile. La tension est mont\u00e9e et a conduit le pays \u00e0 deux doigt de l\u2019affrontement entre les forces putschistes et le reste de l\u2019arm\u00e9e nationale. Dieu merci, la sagesse a pr\u00e9valu et gr\u00e2ce aux m\u00e9diations des uns et des autres, le mercure est redescendu. Le RSP et l\u2019arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re se sont retrouv\u00e9s chez le Mogho Naba et se sont entendus. Un pacte de non-agression s\u2019est conclu entre eux. Actuellement, ils doivent \u00eatre en train de faire l\u2019inventaire de l\u2019armement qui est dans le camp du RSP. Apr\u00e8s cela, il appartient aux autorit\u00e9s de la transition de voir ce qui va \u00eatre trouv\u00e9 comme solution consensuelle.<\/p>\n<p><strong>Depuis les \u00e9v\u00e8nements de f\u00e9vrier 2011 et m\u00eame avant, le peuple burkinab\u00e8 entretenait comme un d\u00e9samour envers son arm\u00e9e. Peut-on dire qu\u2019avec ce putsch, l\u2019arm\u00e9e et le peuple se sont r\u00e9concili\u00e9s\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mgr Paul OUEDRAOGO<\/strong>\u00a0: La \u00ab\u00a0bagarre\u00a0\u00bb comme expliquent les putschistes, est partie pour \u00e9viter l\u2019exclusion et donc la fracture sociale qui \u00e9tait en train de se dessiner. A cause de la r\u00e9action nationale et internationale, on a le sentiment que la situation a plus rendu service \u00e0 l\u2019unit\u00e9 nationale parce qu\u2019en d\u00e9finitive on constate que tout le monde s\u2019est soud\u00e9 et l\u2019arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re est rest\u00e9e derri\u00e8re son peuple. Puis le RSP a fini par regretter ce qu\u2019il a pos\u00e9 comme acte. C\u2019est du gagn\u00e9. Nous sommes maintenant tous d\u2019accord que ce n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 faire, et le G\u00e9n\u00e9ral DIENDIERE lui-m\u00eame a confess\u00e9 ne plus vouloir en parler et qu\u2019il regrette, vu tous les d\u00e9g\u00e2ts en termes de bless\u00e9s, et de vies humaines perdues. C\u2019est le m\u00eame sentiment qui anime aujourd\u2019hui le RSP qui dans son ensemble reconnait que c\u2019est quelque chose \u00e0 ne pas faire. Dans l\u2019unit\u00e9 retrouv\u00e9e, il reste \u00e0 n\u00e9gocier des accords avec \u00e0 la fois la dimension de justice et de pardon, et je pense que le Burkina peut repartir en regardant l\u2019avenir avec un peu plus de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Quel r\u00f4le peut ou doit jouer l\u2019Eglise dans de pareilles crises\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mgr Paul OUEDRAOGO<\/strong>\u00a0: Nous concernant, nous entendons r\u00e9sonner Africae Munus, l\u2019exhortation post synodale du Pape Benoit XVI, donn\u00e9e \u00e0 Cotonou lors de sa visite pastorale en Afrique, au sujet de l\u2019engagement des chr\u00e9tiens \u00e0 la suite du Christ aujourd\u2019hui. Elle interpelle s\u00fbrement l\u2019Eglise dans le service qu\u2019elle doit rendre \u00e0 la nation, en mati\u00e8re de r\u00e9conciliation, de justice de paix et de pardon. Les pasteurs doivent donc comprendre que leur r\u00f4le est d\u2019aider les populations, aussi bien les gouvern\u00e9s que les gouvernants, \u00e0 g\u00e9rer r\u00e9ellement la vie des peuples et des nations selon les voies de v\u00e9rit\u00e9, de justice et de r\u00e9conciliation.<\/p>\n<p>La gouvernance en Afrique a beaucoup de blessures. Que ce soit la gouvernance politique, la gouvernance sociale, la gouvernance \u00e9conomique, institutionnelle et m\u00eame environnementale, il y a beaucoup de probl\u00e8mes et l\u2019Afrique, a des progr\u00e8s \u00e0 faire. C\u2019est donc le devoir de l\u2019Eglise, de ses pasteurs unis \u00e0 leurs peuples, de participer \u00e0 la construction de ce continent, ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019assainissement de cette gouvernance.<\/p>\n<p>Pr\u00eater le concours partout o\u00f9 le dialogue est possible est le r\u00f4le de l\u2019Eglise et de ses pasteurs en particulier. Ceci dit, notre avantage au Burkina est d\u2019avoir cette unit\u00e9 d\u2019action entre confessions religieuses et communaut\u00e9s coutumi\u00e8res. Elle est quelque chose \u00e0 la fois informel et formel, mais qui ne rentre pas dans les institutions \u00e9tatiques. Nous agissons comme force morale, avec la chefferie traditionnelle organis\u00e9e autour du Mogho Naba, la communaut\u00e9 musulmane, protestante et catholique qui ont pris l\u2019habitude de se concerter autant que possible pour avoir des actions communes et participer de fa\u00e7on commune \u00e0 des concertations ou \u00e0 des lieux de dialogue.<\/p>\n<p>Dans les \u00e9v\u00e9nements qui viennent de se produire, nous avons pu intervenir \u00e0 divers nouveaux pour essayer d\u2019apaiser la situation et aider les voies de la sagesse et de la retenue \u00e0 prendre le dessus. Toutes les communaut\u00e9s ont appel\u00e9 \u00e0 la pri\u00e8re, parce que comme croyants, nous savons que la paix nous vient de Dieu qui agit dans les c\u0153urs. C\u2019est en d\u00e9finitive Lui qui sait ramollir les c\u0153urs pour que le dialogue l\u2019emporte sur la violence dans la recherche des solutions des probl\u00e8mes.<\/p>\n<p><strong>Dans cette crise, on constate malheureusement que des chr\u00e9tiens se sont n\u00e9gativement illustr\u00e9s. Ce fait n\u2019interpelle-t-il pas sur le comportement des chr\u00e9tiens la\u00efcs en politique\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mgr Paul OUEDRAOGO<\/strong>\u00a0: A l\u2019 occasion des campagnes qui allaient s\u2019ouvrir, nous avons livr\u00e9 un message \u00e0 l\u2019endroit du peuple chr\u00e9tien et des hommes de bonne volont\u00e9. Nous avons rappel\u00e9 que l\u2019engagement du chr\u00e9tien la\u00efc en politique est une forme supr\u00eame de charit\u00e9. Nous invitions sp\u00e9cialement les chr\u00e9tiens \u00e0 prendre leur responsabilit\u00e9 comme chr\u00e9tiens, en leur donnant \u00e9galement des rep\u00e8res. En politique il faut avoir le courage de la v\u00e9rit\u00e9, le courage de la justice, le courage de la paix. Si on veut s\u2019engager en politique ce devra \u00eatre pour ces causes-l\u00e0.<\/p>\n<p>Ce \u00e0 quoi nous pasteurs invitons les chr\u00e9tiens, c\u2019est qu\u2019ils acceptent de se convertir et qu\u2019ils reconnaissent que la politique ne leur demande pas de renier leur foi chr\u00e9tienne. Au contraire, leur foi chr\u00e9tienne les oblige \u00e0 mettre le meilleur d\u2019eux-m\u00eames au service de leurs peuples et au service de leurs fr\u00e8res et s\u0153urs. Mais puisque \u00ab\u00a0le c\u0153ur humain est compliqu\u00e9 et malade\u00a0\u00bb le c\u0153ur aura toujours besoin de conversion, ce que le chr\u00e9tien en politique doit comprendre et rechercher au quotidien.<\/p>\n<p>L\u2019autorit\u00e9 est d\u2019abord service, elle n\u2019est pas une question de puissance \u00e9conomique ou de richesse, et J\u00e9sus-Christ compte sur tous ses disciples pour qu\u2019ils con\u00e7oivent leur autorit\u00e9 comme \u00e9tant un service au b\u00e9n\u00e9fice de leurs fr\u00e8res et s\u0153urs. C\u2019est ce qui doit \u00eatre mis en pratique en politique. En d\u00e9finitive on demande aux chr\u00e9tiens de ne jamais oublier que J\u00e9sus Christ leur demande de se mettre au service de leur peuple, en donnant le meilleur d\u2019eux-m\u00eames en mati\u00e8re d\u2019honn\u00eatet\u00e9, de v\u00e9rit\u00e9, de comp\u00e9tence. Mais parce que quelquefois les int\u00e9r\u00eats individuels ou de groupe viennent s\u2019interposer, les chr\u00e9tiens ont tendance \u00e0 \u00e9touffer la parole de Dieu qui leur demande d\u2019aller sur les chemins de l\u2019amour fraternel.<\/p>\n<p>Saint Jean-Paul II disait que, le fait que le mensonge compagnonne avec la politique, n\u2019est pas une raison suffisante pour que le chr\u00e9tien s\u2019abstienne de s\u2019y engager. Si le chr\u00e9tien attend que le domaine politique soit assaini avant de s\u2019y engager, sur qui compte-t-il pour cet assainissement\u00a0? Les chr\u00e9tiens doivent s\u2019engager en politique pour rendre service surtout aux plus d\u00e9munis, aux plus vuln\u00e9rables. Ceux qui en ont le charisme doivent donc descendre dans l\u2019ar\u00e8ne politique, mais toujours pour respecter ce qui est fondamental, la v\u00e9rit\u00e9, la justice, le pardon et surtout une gouvernance \u00e9conomique, sociale, politique, environnementale qui fait le d\u00e9veloppement int\u00e9gral de nos peuples.<\/p>\n<p>Itw. R\u00e9alis\u00e9e par abb\u00e9 Joseph KINDA<br \/>\nCom. Conf\u00e9rence Episcopale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Interview de Mgr Paul OUEDRAOGO, Archev\u00eaque m\u00e9tropolitain de Bobo-Dioulasso et Pr\u00e9sident de la Conf\u00e9rence \u00e9piscopale Burkina-Niger.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1100,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3,23,26],"tags":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/ocadesburkina.org\/wp-content\/uploads\/Mgr-Paul-CEBN-2.jpg?fit=600%2C476&ssl=1","jetpack-related-posts":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ocadesburkina.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1247"}],"collection":[{"href":"https:\/\/ocadesburkina.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ocadesburkina.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ocadesburkina.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ocadesburkina.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1247"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/ocadesburkina.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1247\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1249,"href":"https:\/\/ocadesburkina.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1247\/revisions\/1249"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ocadesburkina.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1100"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ocadesburkina.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1247"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ocadesburkina.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1247"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ocadesburkina.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1247"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}