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Père Isidore OUEDRAOGO : « La souveraineté alimentaire doit être une priorité dans nos pays du Sahel »

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La région du Sahel en Afrique de l’Ouest est confrontée à une grave crise alimentaire. Quelle est la situation au Burkina Faso?

Père Isidore: Elle est moins grave qu’au Niger, mais nous avons encore des choses à surveiller de près. La récolte 2009 a été mauvaise, notamment en raison des inondations qui ont frappé plusieurs régions du Burkina Faso. Les inondations ont affaibli l’économie. Beaucoup de personnes ont dû vendre toutes leurs céréales. Avec les nombreuses crises alimentaires de ces dernières années, de plus en plus de personnes vivent dans la pauvreté en Afrique de l’Ouest. De nombreux burkinabè vivent de l’agriculture et de l’élevage. Ces activités leur permettent un tant soit peu de faire face aux soins d’un parent malade, de financer les fournitures scolaires des enfants, d’acheter des aliments variés pour une alimentation équilibrée. Habituellement, les familles vendent leur bétail quand elles sont en difficulté. Mais, du fait des crises, beaucoup d’entre elles n’ont pas pu pratiquer l’élevage depuis plusieurs années. Vous pouvez facilement en déduire les conséquences sur le long terme en matière d’éducation, de propagation de maladies, de malnutrition…

Qu’est-ce que Caritas va faire pour répondre à l’urgence?

Nous interviendrons dans le Nord et le Nord- Est du pays qui sont parmi les régions les plus pauvres du Burkina. Nous allons lancer un appel pour aider quelque 1500 ménages de six personnes chacun, en moyenne. Nous allons fournir une aide alimentaire d’urgence et distribuer des semences, des engrais et des outils pour améliorer la production. Les cibles sont constituées des populations les plus vulnérables, principalement les familles monoparentales, les femmes chefs de ménages et les familles qui ont souffert des inondations.

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Qu’est-ce qui doit être fait pour lutter contre l’insécurité alimentaire endémique dans le Sahel?

Il nous faut nécessairement renforcer la production alimentaire locale. Pendant longtemps, le gouvernement et les institutions internationales ont mis l’accent sur la production de coton pour l’exportation. Les recettes provenant des exportations étaient censées nourrir la population. Mais les choses ne fonctionnent pas ainsi. De 2006 à 2008, les crises alimentaires, ont entrainé de fortes spéculations sur le marché. Cela a abouti à certains endroits à des émeutes dites « émeutes de la vie chère ».La souveraineté alimentaire est importante. La nourriture doit être produite par nos petits agriculteurs ici au Burkina Faso. 80% des Burkinabé sont des agriculteurs. Ils ont besoin de produire des aliments pour leur propre consommation, mais aussi pour gagner leur vie. Le petit agriculteur peut alors faire son choix. Il peut décider de vendre son sorgho et acheter une plus grande quantité de riz importé d’Asie. Mais, dans tous les cas, c’est la production locale qui l’aidera à accéder à l’économie mondiale. La crise alimentaire au Niger nous affecte indirectement, parce qu’elle a conduit à une forte augmentation des prix alimentaires au Burkina Faso. Des efforts doivent être coordonnés au niveau régional par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Nous sommes fermement contre une libéralisation sauvage dans un secteur aussi important pour la survie de notre peuple que la nourriture. Ce n’est pas juste.

Comment pouvez-vous aider les petits agriculteurs à améliorer leur production?

Les agriculteurs ont besoin de s’adapter aux changements climatiques et aux conditions difficiles. Caritas leur donne des graines de haute qualité, des fertilisants, des outils et améliore leur accès à l’eau par la construction de petits barrages et de puits. Maintenant, il faut songer à diversifier la production. Les agriculteurs burkinabè produisent essentiellement du sorgho et des arachides, car ces spéculations sont mieux adaptées au type de sol que nous avons. Mais il ya d’autres options. Nous encourageons les gens à cultiver des légumes, des haricots verts, de la pomme de terre, des carottes, des aubergines et même des fraises. Nous devons également exploiter les énergies renouvelables pour un meilleur accès à l’eau. En ce sens, l’énergie solaire peut être utilisée pour l’installation de pompes solaires capables d’irriguer de grandes superficies de champs pendant toute une année. Cela peut engendrer des revenus pour un village entier. Les femmes peuvent travailler sur ces domaines et les enfants peuvent ensuite être envoyés à l’école. Le coût de ce type d’installation est de 30.000 euros. Mais il est un investissement durable. C’est ce genre d’intervention que nous encourageons. Bien sûr, nous ne fermons pas les yeux quand les gens ont faim et ont besoin d’aide alimentaire, mais notre travail devrait davantage se focaliser sur le long terme. Nous voulons aider les gens à s’aider eux-mêmes. Nous intervenons également au niveau de la transformation des aliments et de leur distribution. Au niveau de la transformation du sorgho par exemple, dans les villages pauvres, les femmes passent de longues heures à le faire à la main alors qu’un petit moulin de travail aurait été beaucoup plus efficace.

 

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